De retour de la Lama !!!
Coucou à tous !
Nous voilà de retour de 16 jours passés dans la forêt de la Lama située à un peu plus d'une centaine de km de Cotonou. En deux mot : expérience inoubliable, à vivre, paysages fantastiques mais il faut l'avouer c'était parfois un peu dur moralement !
Je vais tenter de vous expliquer ce que nous avons fait là bas, sans faire du jour par jour, ce n'est pas nécessaire en n'omettant pas les petites anecdotes bien évidemment !
Alors tout d'abord, la forêt classée de la Lama (en portugais) ou de Ko (en fon ou holli je ne sais plus, bref un dialecte béninois) veut dire la forêt de la boue à cause de son sol argileux. C'est une forêt de 16000 hectares, dont 5000 (ou 3500 ou 1500 selon les versions) sont protégés et sont appelés « le noyau central », qui est une partie de la forêt laissée complètement à l'état naturel. Des populations vivaient disséminées dans la forêt et l'exploitaient. Afin de préserver la partie du noyau central, les populations ont été déplacées et regroupées en secteurs : secteur Massi qui est un secteur agro-forestier et le secteur Kotto où sont regroupés des agriculteurs qui possèdent maintenant leurs plantations autour du noyau central. En plus de ces plantations, se trouvent des plantations de teck autour du noyau central. Les secteurs Massis et Kotto sont appelés « secteurs » car des populations y ont été regroupées (déplacées), mais ce sont véritablement des petits villages. Les habitants du secteur Kotto sont de l'ethnie de Hollis et sont originaires du Nigéria. Nous logions dans ce secteur où, au milieu des paillotes des habitants, se trouve une maison construite en dur avec qq chambres et où nous avons logés. C'est un bâtiment (petit) partagé par l'université d'Abomey-Calavi (cf. professeur de contact Brice Sinsin) et l'ONAB qui est la société de gestion des forêts. Nous logions donc avec des gens qui travaillaient dans les exploitations de teck. Nous étions plutôt bien installées dans ce bâtiment. Nous avions la chance d'avoir une petite salle de bain pour nous avec évier-wc-douche, nous avions des lits avec moustiquaire et notre chambre fermait à clé. On était donc plutôt bien installées. Le seul gros défaut de cette maison sont les murs qui sont bien lézardés à cause des mouvements du sol argileux (bien bien lézardés, il y a vraiment de grosses failles dans les murs). Coqs, poulettes et poussins, biquettes et cochons faisaient partie de proches voisins.
Point de vue nourriture : nous avions pris 4x 6 bouteilles d'eau avec nous ainsi que du riz, des pâtes, de la semoule et les boîtes de conserve qui vont avec pour nos repas. Pour le matin nous avions pris du thé, du choco (oui oui il y a du choco à tartiner ici , il ne vaut pas le Nutella mais bon c'est toujours ça ) et quelques réserves de pain. On avait acheté des fruits sur la route à Séhoué qui est un petit village où, quand on s'arrête en voiture il suffit d'ouvrir les fenêtres et toutes les femmes viennent vous présenter leurs fruits dans la voiture. Ananas, orange et papayes sont les fruits que l'on mange le plus régulièrement ici (je m'imaginais plus de diversité dans les fruits, mais pas tant que ça...). Apparemment les mangues seront mûres en décembre et je m'en ferai une joie. Nous étions donc partie avec une bonne réserve de nourriture. Pour ce qui est frais comme les fruits, nous nous sommes rassasiées à Bohicon où nous avons passé une fois trois jours au début du séjour et une fois deux jours en milieu de séjour (we 21/22), ce qui nous a été permis par la présence de Georges (doctorant), des deux français (toujours les mêmes de planète urgence) et de leur chauffeur Seydou qui travaillaient dans la forêt de Lokoli voisine de la forêt de la Lama. Ils sont donc venus nous chercher à deux reprises ce qui nous a permis d'avoir de petits breaks dans cet isolement de deux semaines. Le but de notre travail était donc de faire un recensement d'animaux dans la forêt (dans le noyau central), essentiellement des singes. Nous avions des fiches à remplir : heure, date, lieu, espèce, activité, distance de l'observateur, etc. pour décrire ce que nous voyons dans la forêt. Des chemins ont été tracés dans le noyau central afin de pouvoir s'y déplacer. Ces chemins appelés « layon », sont équidistant chacun de 1km, il y en a 7 et ils sont numérotés de 15 à 9 (bizarre numérotation, ne me demandez pas pourquoi). Ils sont de direction est-ouest, il y a également un transect dit « témoin » qui est dans la direction nord sud. Chaque jour nous choisissions donc un layon que nous allions parcourir pour y noter les bêbêtes présentes. Pour vous donner une idée d'une journée type dans la forêt de la Lama : debout tôt avec le chant du coq (il chantait à toutes heures mais bon, tout ça pour vous dire que vers 6h-6h30 j'étais automatiquement réveillée et d'ailleurs je n'ai pas perdu ce bon réflexe ce matin ici à Cotonou ), petit déjeuner « sur la terrasse » de notre chambre et départ en vélo aux environs de 8h pour un layon de notre choix. Nous avions une bonne demi-heure/une heure de vélo à faire avant d'arriver à l'entrée du layon le plus proche. Là, nous laissions nos vélos dans l'entrée du layon (pas de soucis de vols par là-bas) et nous voilà parties pour entre 4 et 6h de marche silencieuse dans la forêt. Nous marchions lentement et en faisant le moins de bruit possible pour essayer de capter les moindres sons, les moindres mouvements d'animaux. Nous mangions souvent à midi dans la forêt un bout de pain ou des conserves de thon pour Gaétane. Après, on reprend nos vélos et rebelote, 1/2h – 1h pour retourner au secteur Kotto où nous avions la chance de pouvoir prendre une bonne douche et puis c'était, comme on dirait dans les colonies de vacances, « temps calme » où on lisait et écrivait. On mangeait vers 17h30-18h tant qu'il faisait encore clair. N'ayant pas d'électricité, il faisait très noir dès 19h, nous nous éclairions donc à la lueur de bougies dès cette heure-là et nous nous retrouvions souvent à dormir au plus tard vers 21h/21h30. Voilà pour ce qui est d'une journée type dans la forêt de la Lama. Maintenant qu'avons-nous vu ?? beaucoup de singes, ils sont petits et nous les avons vu souvent d'assez loin mais nous en avons vu ! Les plus fréquents sont appelés « Mona », ils ont le dos rouge ; tandis qu'il existe des singes à ventre rouges « Zin kaka » (endémiques du Bénin) qui sont plus rares et plus discrets et ça on n'en a quasiment pas vu. Il y a aussi des singes « Vervet » que nous avons vu plutôt sur les pistes que nous empruntions à vélo. D'autres part, nous avons eu la grande chance de voir deux fois des Céphalophes (espèces de biches), un potamochère (espèce de sanglier roux), deux petits varans noirs et jaunes, on a entendu de près (une dizaine de mètres) une antilope mais vu la densité de la végétation on ne l'a pas vue, on a vu pas mal de petits écureuils, des pintades huppées, de magnifiques papillons, qq mantes religieuses, Gaétane a pu apercevoir deux fois un serpent vert (memba), voilà en gros ce qu'on a pu voir ! La difficulté était vraiment cette végétation qui est dense dense dense donc on n'y voit pas toujours grand-chose.
Vous avez donc là une idée de nos occupations de manière générale dans la forêt de la Lama. J'ai maintenant évidemment quelques anecdotes à vous raconter !
Tout d'abord, les pannes ! On les a collectionnées ! Le jour du départ Maturin (le chauffeur) vient nous chercher et miracle il est là 10 minutes en avance. On a du mal à y croire, il est à l'heure ! Nous allons assez vite nous rendre compte que, même s'il était à l'heure, on n'arrivera sans doute pas à l'heure prévue dans la Lama car on s'arrête d'abord à la banque pour le chauffeur, puis on revient ici à la maison des stagiaires où il avait oublié qu'il devait prendre un matelas, puis il décide de passer au garage car la voiture fait chaque fois des siennes en démarrant... une fois au garage elle n'a évidemment plus démarré. Nous sommes donc restées 1h30 au garage en pensant bien que notre départ allait être reporté d'un jour ou deux, mais non, même pas, on a droit à une voiture de remplacement ! Voiture de remplacement dont les vitres ne s'ouvraient plus (pas bonne idée les vitres électriques dans un pays africain ;)). Nous devions donc partir vers 9h et nous avons finalement quitté Cotonou vers 11h avec cette voiture aux vitres qui ne s'ouvrent pas, nous sommes donc arrivées dans la Lama en début d'après midi. Voilà pour la première panne. La deuxième panne s'est produite quand Georges & Co sont venus nous chercher pour passer une après-midi dans la forêt de Lokoli ainsi qu'une nuit à Bohicon avec eux. Nous avons passé une excellente après midi dans cette forêt marécageuse dans laquelle on se déplace en pirogue, cette forêt est magnifique, calme. On y a vu des champs de Taro. Après cette belle balade, on redémarre et qq mètres à peine après le démarrage « clink, clank ... » voilà que les courroies ont lâché ! On est dimanche fin d'après midi dans un petit village perdu près de la forêt donc on tente de trouver un zem pour aller rejoindre la route goudronnée et on prend ensuite un taxi brousse pour aller jusque Bohicon. Nous ne devions loger qu'une nuit à Bohicon, mais vu la panne, nous sommes restées deux nuits car ce n'était pas simplement les courroies qui lâchaient, mais la poulie qui les faisait chaque fois péter. Voilà pour les pannes voitures ! Nous avons eu des « pannes vélo », en effet, ceux-ci étaient un peu archaïques donc on a collectionné les déchaînages (accompagné une fois d'un cassage de la chaîne), on a eu ensuite la roue qui était mal remontée donc qui frottait super fort sur le garde boue (bonjour les muscles !) et enfin, nous avons eu les pédales qui s'étaient dévissées donc plus moyen de pédalé... tout ça sur mon vélo et en deux trois jours de temps ! On peut ajouter à ça que les roues n'étaient jamais magnifiquement gonflées ou du moins ne le restaient pas longtemps ! Enfin, une dernière panne en moto, lors d'une petite sortie le dernier soir avec Lamidi (qui travaille pour l'unif, il est venu deux fois en forêt avec nous) et Gilo (mécanicien pour exploitant forêt qui logeait dans la même maison), nous étions partis à deux motos, mais évidemment, crevaison donc nous avons été pendant qq km à 4 sur une moto ! Après arrangements à l'africaine donc nous avons pu rentrer avec d'autres personnes jusqu'au secteur à 3 par moto (ce qui est tout à fait normal ici, Gaétane et moi montons souvent à deux avec le chauffeur sur les motos).
Pour les petites anecdotes plus forestières : le premier jour en forêt j'entends Gaétane « Eh, Aurore vient voir ! Un essaim d'abeille ! » et avant même que j'arrive à sa hauteur « Aïe aïe, elle m'a piquée » du coup panique, on avance, elles nous poursuivent et une fois arrêtées, j'ai testé l'aspivenin de Gaétane et lui ai donc fait un beau suçon sur la tête, à l'endroit de la piqûre. Moi, j'ai eu la chance de me retrouver en culotte dans la forêt suite à une invasion de fourmis dans mon pantalon. Elles sont connues car ils les appellent les « fourmis curieuses », et qu'est ce qu'elles sont rapides ! Et elles font mal ces s... ! Je vous promets que je n'ai plus oublié de mettre mon pantalon dans mes chaussettes les jours qui suivent !
On a fait plusieurs tentatives de partir avec le lever du soleil (c'est-à-dire aux environs de 6h, donc debout vers 5h) en espérant voir plus d'animaux, mais la première fois, je me rends compte en me réveillant que nos pneus étaient complètement plats et qu'à cette heure là personne ne pourrait les regonfler... la deuxième fois, on est parties, un peu en retard (6h45), mais on a vu absolument aucun animal, encore moins que la journée,... troisième fois avec Lamidi, le réveil de Gaétane a bugé et quand j'ai ouvert les yeux il faisait déjà jour... Ce n'est que le dernier jour qu'on y est enfin arrivées, on s'est levées à temps, on est parties avec Lamidi, on a eu un beau levé du soleil et tout s'est bien passé. Bien qu'on n'ait pas vu énormément d'animaux...Ce même jour, on est monté sur un mirador pour avoir une vue d'en haut ... on a pas pu aller sur la plate forme puisqu'on avait pas la clé donc on a eu un bref aperçu à partir de l'échelle... par contre on a eu droit en chemin à une agression d'abeilles et quand on est accroché à une échelle à je ne sais pas combien de mètres de haut ... c'est flippant comme qui dirait ! J'ai été piquée à l'oreille et à la main et Gaétane à la gorge ... enfin, on est toujours en vie, on a pas lâché prise donc tout va bien Pour ce qui est des anecdotes, cette journée du vendredi a été bien fournie, en effet, au retour du mirador, on a fait du « stop » avec Lamidi et on est monté dans un camion transporteur de teck ... ils roulent comme des fous, ils prennent les bosses super vite au point que tout TOUT ce qu'il y avait dans la cabine du camion a volé dans tous les sens, on aurait dit un tremblement de terre terrible sauf que c'était le camion qui se prenait les bosses de la piste super vite. Résultat : Lamidi a tapé le plafond avec sa tête et moi je me suis pris une lampe de poche dans la figure, j'en garde encore maintenant un petit souvenir ;) Bref, l'expérience du camion sur piste est à vivre ;) Toujours ce vendredi, nous avons passé une après-midi géniale avec les enfants du village (qui nous ont tenu compagnie tout au long du séjour) car on leur a fait des crêpes et on a joué au foot avec eux, bref, on leur a consacré l'après-midi et c'était vraiment chouette !
On a eu droit quelques fois à de très beaux orages. Notamment un soir où Gilo nous avait emmenées Gaétane et moi à Zogbodomey (le jour de l'anniversaire de Gaétane ), on était à trois sur sa petite moto, sur les pistes, dans le noir avec la pluie et l'orage qui grondait ... on avait un peu peur il faut l'avouer, mais on est contentes de l'avoir fait quand même (pour la petite parenthèse, le matin même Gilo lui avait chanté bon anniversaire avec sa guitare ... comme Gaétane disait, elle n'aura ça qu'une fois ds sa vie : un black qui lui chante bon annif à la guitare au petit matin en plein milieu de la brousse !;)). Il y a aussi une nuit où je me suis réveillée à cause du bruit de l'orage, je me suis levée et c'était vraiment magnifique, ça grondait super fort, et le ciel était éclairé toutes les deux secondes par des éclairs. C'est difficile à décrire, mais alors qu'il faisait nuit noire, les éclairs mettaient tout en lumière, on voyait tout et ça ne s'arrêtait pas. La pluie tombait à flots sur le toit de notre chambre, toit qui était en tôle donc vous pouvez vous imaginer le bruit ... Bon, le lendemain il a plu toute la journée donc on a passé la journée à lire et écrire, ca c'était moins drôle.
Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé de la place de la religion dans ce pays, mais c'est énoooooooooooorme ! Ils sont de toutes les confessions : on trouve des catholiques, évangélistes, célestes, protestants, musulmans, ... En ville, il y a beaucoup de petits magasins (petites échoppes de rue) qui sont nommées dans le genre « God bless you » ; quand on parle avec les béninois Dieu revient très souvent ; beaucoup ont fait le ramadan ... et dans les petits villages comme le secteur Kotto, il y a une église (ou autre) pour chaque type de confession. On a eu donc le plaisir d'entendre les dimanches, les messes de chants africains, c'était assez sympa !
Dans le genre musical, on a eu l'occasion un soir d'écouter dans une paillote quelques musiciens, trois au tambourins (chacun de taille différente) et deux chanteurs ... c'était également très très sympa !
Pour une dernière petite parenthèse, les africains ont une tendance à mettre la radio suuuuuuuuuuuuper fort. Alors est-ce que c'est pour partager ou pour montrer qu'ils en ont une, ça dépend des versions, mais quand on arrive déjà pas des masses à dormir, c'est pas génial ...
Voilà, je pense que j'ai raconté l'essentiel de ce qu'on a vécu là-bas. C'était vraiment génial, une vrai découverte, on était au c½ur même d'un documentaire, on aura de supers souvenirs. Comme je l'ai dit au début, malgré ça, ça n'a pas été toujours évident moralement. D'abord vu la situation et l'isolement et puis, je pense que le Lariam a joué. Moi qui fait ma grande gueule avant de partir Lariam même pas peur tu ne me feras pas déprimer et bien je crois que je me suis bien trompée. Je vais donc aller voir à la pharmacie demain si je ne peux pas avoir un substitutif car je ne me reconnais plus, je fais par moment des crises de larmes sans raison, au point que je rigole en pleurant, mais ce n'est pas agréable pour autant ! Ces deux semaines m'ont permis, encore plus qu'à Cotonou, de lire énormément et, comme je l'avais prévu avant de partir au Bénin, ça m'a obligée par moment à ne rien faire, ce qui n'a pas toujours contribué en positif pour mon moral, je ne suis pas faite pour ne rien faire mais je pense que c'était réellement une bonne expérience. Matthias et tout ceux qui me sont chers m'ont énormément manqué là-bas, ça a joué aussi ... Je garderai un super bon souvenir de ce voyage dans la forêt et j'aimerais beaucoup y amener Matthias quelques jours quand il sera ici (il arrive le 24/11) car je suis sûre qu'il adorera !!!
Maintenant on a qq jours pour se réinstaller ici à Cotonou, on doit aller faire des papiers pour notre visa car ce ne sont pas les bonnes dates qui sont dessus, on doit aller faire qq courses, on va aller voir s'il est possible de faire l'une ou l'autre promenade à cheval, etc. Bref on a de quoi faire d'ici jeudi, jour où on commence à la Croix Rouge de Belgique ici à Cotonou avec les enfants. Je suis curieuse de savoir comment ça va se passer. On va aussi prendre contact avec une ONG SOS Bénin dont ma maman m'a donné le contact. J'essayerai de vous mettre des photos de la forêt d'ici peu et je vous tiendrai bien sur au courant de tout ce qui se passe ici. C'est bête mais ça fait du bien de retrouver le contact avec la civilisation et de pouvoir facilement communiquer avec vous par Internet et avec Mat et ma maman plus facilement par téléphone.
Au plaisir de vous écrire, à très bientôt
Tout gros bisous